03/04/2025 - #Honda , #Nissan , #Suzuki , #Toyota
L'écosystème automobile japonais menacé par Trump
Par AFP
(AFP) - "Laissez-nous tranquilles !" : le patron d'Asahi Tekko, fabricant de pièces pour Toyota, affiche son exaspération à l'encontre de Donald Trump, dont les surtaxes douanières ajoutent aux incertitudes assombrissant l'avenir d'une industrie automobile nippone déjà sous forte pression.
Les 425 employés d'Asahi Tekko, PME située à Hekinan, dans le centre de
l'archipel, font partie des 5,6 millions de Japonais qui travaillent
directement ou indirectement pour le secteur automobile (soit un emploi sur
huit dans le pays) et qui craignent désormais pour leur avenir.
A quelques heures de l'entrée en vigueur des surtaxes douanières
américaines de 25% sur l'automobile, Tetsuya Kimura fulmine.
Faute d'alternatives immédiates, "cela ne servait à pas grand chose d'être
prévenus seulement deux ou trois mois à l'avance", indique à l'AFP le
directeur d'Asahi Tekko. C'est un ex-ingénieur de Toyota, qui est le principal
client de son entreprise.
"Franchement, j'ai juste envie de dire (à Trump): laissez-nous
tranquilles !", soupire l'entrepreneur.
Dans l'usine, bras robotisés et machines-outils perfectionnées fabriquent à
un rythme soutenu des composants de précision pour les freins, moteurs et
transmissions des véhicules Toyota.
Âge d'or ?
L'usine d'Asahi Tekko se trouve dans la région d'Aichi, coeur industriel du
Japon, où Toyota, premier constructeur du globe en termes de véhicules vendus,
a son siège social.
La région illustre l'écosystème manufacturier complexe associant de
multiples équipementiers et les constructeurs dont ils dépendent.
L'automobile reste un pilier majeur de l'économie nippone: l'an dernier,
l'automobile représentait 28% des exportations du pays vers les Etats-Unis,
soit 1,35 million de véhicules, pour 40 milliards de dollars.
Mais c'est aussi un secteur sous pression depuis des années, face au
renchérissement des coûts de production, au durcissement des règles
environnementales, à l'effritement inexorable des ventes - notamment au Japon
sur fond de vieillissement de la population...
Et les constructeurs nippons, qui misaient sur les hybrides, se sont
trouvés démunis face au virage stratégique du tout-électrique dominé par leurs
rivaux chinois.
Signe des difficultés : massivement endetté, Nissan a entamé des
négociations pour fusionner avec son partenaire plus solide Honda, mais les
discussions ont été abandonnées.
Donald Trump et le Premier ministre japonais Shigeru Ishiba avaient salué
en février "un nouvel âge d'or des relations américano-japonaises" mais les
prévenances de Tokyo n'auront pas suffi à lui garantir une exemption dans la
guerre commerciale.
Toyota, le client d'Asahi Tekko, sera particulièrement touché : en 2024, il
a réalisé un quart de ses ventes mondiales aux Etats-Unis, où il a écoulé 2,33
millions de véhicules, dont 1 million ont été importé, notamment depuis le
Japon et le Mexique.
Confiance sapée
Au Japon, la politique commerciale américaine "affectera fortement la
production automobile, sapera la confiance et réduira les commandes",
prédisent les experts de Moody's Analytics.
"Vu la longueur et la complexité des chaînes d'approvisionnement dans
l'industrie automobile, l'impact se répercutera sur l'ensemble de l'économie",
insistent-ils.
Pour s'adapter aux surtaxes douanières, Toyota, Honda et Nissan pourraient
relever leurs prix de vente aux Etats-Unis, mais au risque de faire fuir des
acheteurs potentiels.
Ils pourraient également gonfler la production de leurs usines américaines,
en recourant aux capacités actuellement non utilisées.
Selon les scénarios, cela pourrait les conduire à réduire leur production
au Japon même, et donc leur demande de pièces détachées, sans compter
l'impact plus général d'un ralentissement économique mondial.
"Certains grands groupes pourraient délocaliser leur production à
l'étranger, ce qui aurait des conséquences sur les plus petits
équipementiers", confirme à l'AFP Kohei Iwahara, économiste chez Natixis.
Beaucoup vont souffrir
Le virage mondial vers les véhicules électriques a déjà contraint certains
équipementiers japonais à explorer des opportunités en-dehors du secteur
automobile, observe Takeshi Sasaki, président de Hokuriku Light Metal.
Hokuriku, localisé près de Tokyo, fabrique des pièces spécialisées pour les
constructeurs Honda et Suzuki... mais cherche désormais à développer des
composants pour robots industriels afin de diversifier ses débouchés.
"Les véhicules électriques nécessitent moins de pièces que les véhicules à
moteur à combustion", explique à l'AFP M. Sasaki. "Maintenant, voilà en plus
ces droits de douane. Cela ajoute de l'incertitude à celles que nous
connaissions déjà", déplore-t-il.
Asahi Tekko également entend faire preuve d'agilité en développant une
nouvelle activité, avec des systèmes destinés à réduire les émissions
polluantes.
Emportés dans la guerre commerciale, "de nombreux équipementiers vont
souffrir et se retrouver dans le rouge si les volumes de production de
véhicules chutent", avertit M. Kimura. "Chaque équipementier devra travailler
très dur pour survivre".